«La Rive Sud demeure-t-elle un emplacement valable de l'exposition universelle et mondiale de 1967, à Montréal? Les architectes Bédard, Charbonneau et Langlois de St-Bruno en demeurent convaincus, comme ils en ont fait part au cours d'une conférence de presse.
L'emplacement dont ils préconisent le choix, est situé en bordure de la voie maritime du Saint-Laurent, des abords du pont Victoria, jusqu'au-delà du pont Jacques-Cartier, à Longueuil; il comprend également l'île Sainte-Hélène et l'île Ronde. Ces deux îles appartiennent à la cité de Montréal, alors que le gouvernement fédéral, ministères des transports et de la défense, possède la presque totalité du rerrain avoisinant la voie maritime.
Les architectes Bédard, Charbonneau et Langlois, en préconisant les abords de la voie maritime comme emplacement de l'exposition internationale, veulent rejoindre deux impératifs sur lesquels l'unanimité est d'ores et déjà faite: l'ouverture sur le fleuve et la proximité du centre névralgique de la métropole. (...)
De l'avis de MM. Bédard, Charbonneau et Langlois, le projet qu'ils ont conçu ne sera pas de nature à favoriser des intérêts commerciaux; par contre, toute la population de la métropole et de la Rive Sud profiterait de l'aménagement des terrains en bordure du fleuve.
Un centre permanent d'exposition pourrait y être aménagé. L'île Sainte-Hélène, le seul parc digne de ce nom à Montréal, verrait sa superficie utile doubler, sans remplissage du pourtour, ce qui pourrait nuire au débit de l'eau et aux installations du port.
Les bords du pont Jacques-Cartier, qui demeurera le plus achalandé des points entre Montréal et la Rive Sud, seraient dégagés et embellis, aux deux extrémités.
Ces dispositions répondraient admirablement à deux impératifs d'intérêt primordial pour la Rive Sud: qu'elle soit le "portique", l'entrée monumentale de l'exposition universelle; que les visiteurs y trouvent le logement, les restaurants, les moyens de récréation qui rendront leur séjour agréable. (...)
MM. Bédard, Charbonneau et Langlois insistent sur l'économie que permettrait de réaliser l'aménagement de ces 872 acres de terrain; à leur avis aucun autre emplacement ne pourrait être acquis à meilleur compte. La majeure partie du terrain appartient aux pouvoirs publics, ce qui prévient la possibilité de spéculation d'ordre privé. Les promoteurs du projet d'aménagement font également valoir que le commerce touristique profiterait de la revalorisation des rives du fleuve sur la Rive Sud, dont l'embellissement du côté de St-Lambert a déjà donné d'heureux résultats. (...)
Sans aucun doute, l'aire de l'exposition située sur la Rive Sud apparaîtrait plus féerique de la métropole qu'il pourrait en être de tout autre emplacement; de même, l'activité du port, de la voie maritime, la silhouette de la métropole feraient partie de l'enchantement que doivent créer les ordonnateurs de l'exposition, ont souligné les architectes Bédard, Charbonneau et Langlois.
Ils ont eu l'occasion d'expliquer leur projet au bénéfice de leurs collègues récemment en congrès au Lac-Beauport. Leur projet est porté à l'attention du public avec désintéressement: les trois architectes ne possèdement aucun intérêt dans les secteurs que nous venons de décrire et dont une partie du moins, située au nord de la voie maritime, pourrait être annexée à Montréal. Les trois niveaux de gouvernement étaient mis au fait de ce projet avant le 15 août, donc avant que le Canada propose de nouveau sa candidature au Comité international des expositions. La revue "Architecture - Bâtiment - Construction" a publié dans sa livraison de janvier une description complète du projet.»
Marc-Henri Côté, Le Devoir, le 12 février 1963.