Le père inconnu d'Expo 67

«(...) Deux ans après la conclusion de l'expo de Bruxelles, le Canada dépose au nom de Montréal une requête auprès du Bureau international des expositions (BIE) pour présenter la prochaine édition. Vienne et Moscou sont sur les rangs. En avril 1962, les choses se précipitent. Vienne n'est plus dans le coup. Moscou et Montréal le demeurent. [Bruno Bédard:] "J'étais convaincu que Montréal L'emporterait. En fait, j'étais tellement convaincu que j'avais fini par rallier mes associés."

De son propre chef ou de sa propre initiative, Bruno Bédard et ses compagnons décident de s'impliquer avec d'autant plus d'ardeur que parmi tous ceux qui parlaient de l'exposition, il n'y avait aucun architecte. "Seuls les politiciens et les hommes d'affaires discutaient du projet. Je me suis dit: si les architectes ne s'impliquent pas, qui va s'impliquer?"

Les associés de M. Bédard sont convaincus non seulement de s'impliquer dans cette aventure mais de défendre ou de faire valoir leur site. "Les deux meilleurs endroits pour voir Montéral dans son ensemble sont le fleuve et le mont Royal. Ce dernier a été évidemment éliminé. Il aurait été impensable d'organiser une exposition de cette envergure en cet endroit."

C'est donc le fleuve qui est retenu. Au début de l'été 1962, la firme Bédard, Charbonneau, Langlois demande à la firme d'ingénieurs Lalonde, Girouard, Letendre d'étudier la faisabilité technique du projet. Pour ce faire, les uns comme les autres se rendent au port de Montréal pour y étudier les cartes. Pour analyser la carte des fonds marins enclavés, grosso modo, entre les îles de Boucherville et les rapides de Lachine.

Le 13 août 1962, nos architectes envoient une missive à l'attention de Pierre Laporte, alors maire [en fait, député] de Saint-Lambert. Pourquoi Saint-Lambert? Parce qu'une parcelle du site choisi par M. Bédard était située à l'extrême limite du territoire de cette municipalité de la rive sud. (...)

Puis arrive le 27 septembre 1962. À cette date, quatre plis sont envoyés à Pierre Sévigny, ministre associé de la Défense nationale, à Valmore Gratton, directeur de l'Office d'expansion économique de Montréal, à Gérard Filion, directeur du Devoir, ainsi qu'à Jean Drapeau, maire de Montréal.

Prenons la dernière. Celle adressée à Jean Drapeau. En voici quelques extraits. "Il nous fait plaisir de vous faire parvenir, avec la présente, le résultat d'une étude approfondie en rapport avec le choix du site idéal pour l'Exposition internationale et universelle de 1967. Avant que tout communiqué soit fait aux journaux, nous avons jugé bon d'en faire parvenir des copies aux représentants des autorités fédérales, provinciales et municipales [...]. Nous comptons sur votre collaboration et votre appui pour faire valoir le bien-fondé de cette étude bénévole commencée au début de juin, alors que la Russie de désistait." Bref, le 27 septembre 1962, tous ceux qui comptent, tous ceux qui sont en autorité sur le dossier Expo, sont au courant du projet développé par la firme de Saint-Bruno.

À l'époque, c'est à retenir, le site n'a pas encore été choisi par les autorités concernées. Ces dernières, la mairie de Montéal au premier chef, envisageaient l'installation de l'Expo à Pointe-Saint-Charles. On voulait raser pratiquement tout ce quartier parce qu'on souhaitait nettoyer la ville de ce quartier jugé insalubre. On l'a échappé belle.»

Serge Truffaut, Le Devoir, le 27 avril 1997, p. 1.